ANALYSE FILMIQUE
" Les 400 coups "
" Les 400 coups " est un film de François TRUFFAUT
DE 1958. C'est le premier long métrage de TRUFFAUT, en 35mm scope (format
des films d'Hollywood), noir et blanc de 93mn. "Le scope permet de rendre
compte de la réalité avec un élément de stylisation
qui m'était indispensable". Il a été primé
dans de nombreux festivals notamment celui de la meilleure mise en scène
à Cannes en 59. Mais il reçut aussi les prix suivants:
-Grand prix de l'OCIC de Cannes
-Prix Joseph Burstyn du meilleur film étranger 1959 (USA)
-Prix du meilleur film étranger 59 dans la critique new-yorkaise
-Prix Méliès 59
-Prix Fémina belge
-Prix du festival mondial d'Acapulco
-Grand prix des Valeurs Humaines de Valladolid
-Prix des journalistes autrichiens
-Laurier d'argent de David O'Selznick
-nomination aux oscars d'Hollywood de 59 dans la catégories: meilleurs
scénarios écrits directement pour l'écran.
Il dédie son film à André BAZIN.
"Les 400 coups" raconte l'histoire d'Antoine DOINEL, un adolescent
de 14 ans en quête d'identité, d'une place dans la société.
Il a des problèmes à l'école et avec ses parents. Il se
découvre une passion pour le cinéma.
C'est le premier film qui rendit célèbre François TRUFFAUT
et symbolise avec "A bout de souffle" de GODARD, la nouvelle vague.
C'est également le premier film de Jean-Pierre LEAUD (Antoine DOINEL)
qui marque le début du cycle Antoine DOINEL et pose les bases de son
personnage et deviendra l'acteur fétiche de TRUFFAUT et de la nouvelle
vague.
I.ANALYSE DU FILM.
La séquence générique nous indique que l'histoire se passe à Paris (en effet le premier plan étant celui de la Tour Eiffel). Dans un récit structuré en sept journées, on nous raconte la destinée du jeune garçon.
Le début du film nous place dans son univers "scolaire", il
se fait punir par son instituteur pour avoir une photo de pin-up entre les mains.
Avec son ami René, il fera "les 400 coups", école buissonnière,
vol, mensonges...
Au moment où il se fait punir par son instituteur il écrira sur
le mur l'épitaphe suivant:
"Ici souffrit le pauvre Antoine DOINEL
Puni injustement par Petite-Feuille
Pour une pin-up tombée du ciel
Entre nous, ce sera dent pour dent
Oeil pour oeil"
On entre dans le "cercle" de vengeance d'Antoine.
On fait ensuite sa connaissance dans son univers familial : un petit appartement
où vivent trois personnes. Antoine fait les corvées et dort dans
le couloir dans un sac de couchage. On assiste à sa vie quotidienne,
banale et pourtant les événements font qu'ils contribuent à
l'état dans lequel se trouve Antoine.
Il vole de l'argent à ses parents comme le font tous les jeunes de son
âge, dans le film, il sèche les cours pour aller au cinéma,
raconte n'importe quoi à ses parents comme à son instituteur.
Cependant le moment crucial est celui où il découvre sa mère
avec son amant. Antoine DOINEL est un adolescent qui ne se confie pas beaucoup
et on comprendra pourquoi à la fin du film. Il ne communique pas beaucoup,
la seule personne avec qui il a l'air d'avoir une attention particulière
est son père (qui est en réalité son beau-père)
il lui donne de l'argent de poche et reconnaît que sa mère est
un peu dure envers lui. C'est un petit enfant perdu, qui cherche sa place dans
ce monde d'adultes. Il cherche à exister. On ressent toute la solitude
d'Antoine notamment par les quelques discours en voix off qui fonctionnent comme
des monologues intérieurs et renforce ce sentiment.
Il incarne un nouveau type de héros masculin, désorienté,
vulnérable, maladroit avec les femmes et incapable de socialisation.
TRUFFAUT a choisi Jean-Pierre LEAUD pour sa personnalité, l'intensité et la nervosité qu'il dégageait. Mais on s'aperçoit qu'il a eu une enfance similaire à celui de TRUFFAUT, ce qui l'a sans doute influencé dans son choix. Et le fait de choisir un acteur dont le parcours est plus ou moins le même que celui du personnage apporte une authenticité certaine. Ce film en sera d'autant plus un autoportrait
Ce film nous raconte le destin d'un adolescent en période
de crise. Il se trouve face à sa vie, et il se rend compte qu'il est
"en trop" dans la vie de sa mère. Il n'a pas vraiment d'attache
sentimentale avec elle. Elle ne l'appelle jamais par son prénom mais
toujours "le gosse" ce qui le place dans une position d'infériorité
et impose une distanciation. Seulement, elle est la seule figure féminine
présente qui domine dans le film, elle représente la beauté
féminine et Antoine le sait bien. Et lorsqu'il la découvrira dans
les bras de son amant, c'est la jalousie qui l'emportera accentué par
le fait que son camarade la trouve sexy. On retrouve ici, le complexe d'Oedipe.
Dans "Les 400 coups" le modèle parental n'existe
pas. Chez Antoine, c'est la mère qui prend la décision, l'autorité
paternelle est donc totalement exclue, mise à part, chez René
la mère est alcoolique et le père est joueur. Le modèle
paternel ici est représenté sans aucune autorité.
L'image maternelle est sublimée par l'image féminine de la femme
séduisante. L'image paternelle est relativement présente jusqu'au
moment où il se "dessaisit" de sa responsabilité envers
Antoine. Il joue la carte de la complicité en lui donnant de l'argent
dans le dos de sa mère, c'est la seule personne avec qui Antoine communique
plus ou moins, on le surprend même à rire avec lui. Ce sont les
seuls moments où on semble être en face d'une véritable
famille. Cependant Antoine lui vole son guide Michelin et vole une machine à
écrire. On peut comparer ces événements au complexe d'Oedipe.
C'est à partir du vol de la machine à écrire qu'Antoine
casse les liens avec son beau-père, en effet ce dernier le dénoncera
lui-même à la police et lorsqu'Antoine lui fera du mal par l'intermédiaire
de la mère en lui avouant son infidélité, il renoncera
à ses droits. Antoine a brisé le peu de confiance qui existait
entre eux et de ce fait le peu de relation qu'il avait avec sa mère.
Tous les problèmes de l'adolescent ne sont pas liés à une
fatalité extérieure mais directement liés à ses
relations avec la gante féminine. Toutes ses actions sont déterminées
par ses pulsions envers sa mère. Le vol de la machine à écrire
marque l'échec de l'autorité paternelle jusqu'à ce que
M.DOINEL l'amène au commissariat où il se retrouve en position
de dominateur. Par ce vol, Antoine cherche à s'affirmer, à exister,
c'est un acte désespéré d'amour et d'espoir. En dehors
de chez lui et de l'école, Antoine peut évoluer librement et comme
il veut
Dans ce film, les adultes paraissent égoïstes, indifférents,
violents, faibles et incapables de répondre aux besoins des enfants.
En effet chaque personnage évolue dans son propre monde, ne se souciant
pas des autres, ce qui cause une certaine agressivité morale. Quant à
leur faiblesse, elle est représentée par la mère alcoolique
de René. Il y a une image de la femme forte et dominatrice. Il donne
une image négative des adultes. Les seuls rapports adultes/enfants existants
dans ce film sont des rapports de force.
RAPPORTS D ANTOINE AVEC LES FEMMES ET SON COMPLEXE D OEDIPE.
Antoine est un enfant secret et mystérieux, il ne confie pas vraiment et tous ses actes sont une façon d'extérioriser ce mal-être. Il a beaucoup d'admiration pour sa mère, elle est pour lui une personne inaccessible, à ses yeux elle est l'idéal de beauté féminin, beauté qu'elle ne cache pas par ailleurs, en effet elle enlève ses bas dans le couloir sous le regard de son fils. Antoine est curieux de ce corps et lorsqu'elle n'est pas là il observe avec minutie tous les objets de sa coiffeuse. Il écoute les conversations des femmes dans la rue à propos d'accouchements qui lui donne des nausées. Cependant la seule personne à qui Antoine se confie est une femme, la psychologue, seule intermédiaire et pourtant il n'y a pas de véritable dialogue, on a que le point de vue d'Antoine, le seul a priori qui soit intéressant pour le message du film. Et en lui racontant la vie qu'il mène et pourquoi il déteste sa mère, on s'aperçoit que c'est l'enfance de TRUFFAUT lui-même qui est dévoilée à travers le personnage d'Antoine DOINEL. Une seule question de la psychologue : " pourquoi détestes-tu ta mère ? ", Suffit à expliquer tout un comportement.
Complexe d'Oedipe:
Antoine n'a pas dépassé le stade où il ne voit plus sa
mère comme image maternelle mais en tant que femme à part entière.
Ce qui crée une confrontation lorsqu'il la surprend dans les bras de
son amant, jaloux et ne pouvant atteindre cet amant, il se venge par l'intermédiaire
de son beau-père en tentant de l'éloigner de sa mère, c'est
une mort symbolique du père.
II.ELEMENTS
D AUTOPORTRAIT.
TRUFFAUT est né le 6 février 1932 d'une mère aristocrate désargentée mais pleine de principes. Elle avait 18 ans et n'était pas mariée. Sa famille l'ayant envoyée dans un institut religieux pour filles-mères, elle accoucha clandestinement. L'identité de son père demeure toujours inconnue, une enquête suppose malgré tout qu'il est dentiste et juif. Après la naissance de François, sa mère le place en nourrice, ce n'est qu'un plus tard qu'elle rencontre Roland TRUFFAUT qui l'épouse et reconnaît l'enfant. Pourtant, il passera ses dix premières années chez sa grand-mère. Il restera très attaché à sa grand-mère maternelle qui lui donna le goût de la lecture. Il n'habitera avec sa mère qu'à partir de 1942 et découvrira ses origines en 44 en fouillant dans l'armoire. C'est lorsque Roland TRUFFAUT le fait arrêter pour avoir volé une machine à écrire qu'il s'aperçoit qu'il sait tout. Sa situation le hantera tout au long de sa vie et on la retrouve dans toute son oeuvre. Il sera également marqué par les infidélités de sa mère. A son arrivée chez ses parents, François est un enfant difficile et insupportable. Il ne cesse de faire l'école buissonnière, pour aller au cinéma, redouble ses classes et se fait régulièrement renvoyer. Il ne fera pas d'études secondaires au lycée. Il passait souvent ses week-end seul et vagabondait dans les rues de Paris. Son arrivée chez ses parents se situe en pleine occupation au moment où les parents se servaient de leurs enfants pour mendier, volaient et mentaient, TRUFFAUT en garde un souvenir horrible. C'est à l'âge de 14 ans qu'il décide de gagner sa vie tout seul, mais rapidement licencié de son emploi il créa avec son ami Robert LACHENAY un ciné-club. Et c'est en allant trouver son "concurrent" qu'il fait la connaissance d'André BAZIN. C'est à partir de là, à 29 ans, que commence sa carrière.
Dans "Les 400 coups" on reconnaît TRUFFAUT dans Antoine. Comme lui il a une enfance difficile, il vit avec sa mère et son beau-père. C'est un enfant difficile et instable. Il ère dans les rues avec son ami René (qui représente Robert LACHENAY), fait l'école buissonnière pour aller au cinéma...Sa mère est aussi infidèle à son mari et tout à fait distante avec Antoine. TRUFFAUT va jusqu'à reproduire le vol de la machine à écrire, dénoncé par son père.
La fin du film où Antoine réalise son rêve en voyant la mer s'ouvre sur le monde et offre l'espoir aux spectateurs de pouvoir réaliser leurs propres rêves. Peu importe comment, ce qui compte c'est d'y arriver.
ANALYSE SEQUENTIELLE
" Les 400 coups ", un film de François TRUFFAUT
de 1959. C'est son premier long métrage et de plus quasi-autobiographique.
Cet extrait dure 6'34'' et se compose de 18 plans dont 3 plans les deux premières
minutes. Donc peu de plans pour 6'34''.
La scène se situe au début du film après la première
journée d'école d'Antoine où il s'est fait punir pour avoir
écrit sur les murs. Elle est révélatrice de la situation
familiale d'Antoine et elle explique son état d'esprit.
Antoine rentre de l'école, il allume le poêle, met le couvert et
commence sa punition, c'est à ce moment que sa mère rentre et
lui ordonne d'aller chercher la farine qu'il a oublié. Il rentre accompagné
de son père qui vient d'acheter un phare pour son automobile. Ils dînent
ensemble et Antoine va se coucher.
Dans cet extrait on étudiera dans une première partie comment
TRUFFAUT montre la solitude d'Antoine et dans une seconde partie on verra la
relation triangulaire qui existe avec ses parents, une certaine complicité
avec son père en opposition avec sa mère.
Les 2 premières minutes, par un panoramique descriptif, TRUFFAUT nous fait entrer dans l'univers familial d'Antoine. Pendant toute la moitié de la séquence Antoine est seul. Les panoramiques durant les premières minutes mettent l'accent sur cette solitude. Antoine faisant partie intégrante de ces panoramiques, ils peuvent donc suggérer qu' Antoine fait partie du décor, par conséquent TRUFFAUT nous pésente son enfance à travers Antoine. Même lorsque sa mère arrive, il est toujours filmé de façon à se retrouver seul dans le cadre et il est en trop, reléguer sur un côté du cadre. Il est obligé de traverser le cadre pour s'affirmer. Parfois il est même effacer, caché par un adulte, en l'occurrence son père. Il est chaque fois dans un coin du cadre à l'opposé de ses parents en particulier de sa mère. Cette solitude est notamment renforcée par le soliloque d'Antoine lorsqu'il commence sa punition avec : " que je dégradasse les murs de la classe ". (son out péridiègétique). Lorsqu'il s'assied devant la coiffeuse, trois miroirs reflètent son image et renforce encore plus le fait qu'il soit seul, ça le renferme dans sa solitude et n'offre pas d'échappatoire.
Antoine n 'est jamais présenté dans le cadre avec sa mère,
il y a toujours quelque chose qui les sépare. La mère est la plupart
du temps au second plan, le cadre est coupé en deux par les lignes verticales
des portes. Cette séquence montre une certaine complicité avec
son père, en effet, en comparaison avec sa mère, il est dans la
même portion de cadre que lui et sera présent durant tout le reste
de séquence. Il vient atténuer sa solitude ; pendant le repas,
Antoine est cadré avec son père, la mère vient après
mais n'est pas présent dans le cadre elle est hors-champ. Cela suggère
q'elle ne fait pas partie de l'univers d'Antoine. On voit naître une relation
triangulaire avec M.DOINEL pour intermédiaire, il est le négociateur
et en quelque sorte le protecteur d'Antoine, en effet lorsqu'ils rentrent tous
deux et que Antoine demande de l'argent à sa mère, il passe devant
son père de manière à ce que celui-ci se retrouve au milieu.
La mère ne cesse de rentrer et sortir du champ, elle n'est pas stable
et elle interfère dans la relation qui s'est créée entre
Antoine et son père. Au moment du repas TRUFFAUT filme les parents en
champs contre champs, ils expriment leur opinion chacun dans un cadre qui leur
ait propre et renforce sur leur divergent d'opinion. Plus tard après
le repas lorsque M.DOINEL montre à son fils la banderole qu'il affichera
au club, MME.DOINEL brise la relation en passant en dessous en intervenant :
" qu'est-ce-que c'est que ce chantier ? " Toutes les fois où
Antoine tente de s'affirmer et que son père commence à le faire
exister en faisant attention à lui, sa mère s'interpose soit par
sa présence soit par sa voix en son out qui annonce son arrivée
et généralement son mécontentement.
Cet extrait pose Antoine DOINEL dans son univers familial représentatif
de sa vie quotidienne. On découvre un Antoine différent de celui
que l'on voit à l'école. Quasi-meneur de troupes en classe il
est mis à l'écart par sa mère à la maison.
TRUFFAUT nous présente ici une vision pessimiste des parents, certainement
celle qu'il avait à ce moment de sa vie. L'autorité maternelle
l'écrase complètement, il est en " trop ". C'est aussi
une séquence autobiographique où l'on fait connaissance avec sa
mère (celle d'Antoine et celle de François enfant) et de l'effet
qu'elle a sur lui et aussi du père avec ses passions qui sont les mêmes
que celles du père de François. TRUFFAUT nous montre ici son enfance
et son mal-être durant cette période, c'est une façon de
nous dire " regardez comment était ma vie ". Elle d'autant
plus importante parce qu'elle est presque la seule séquence où
l'on peut les voir tous les trois dans l'appartement et elle sera le facteur
déterminant des évènements de la vie d'Antoine et donc
de François TRUFFAUT.
Vous êtes visiteurs à nous avoir rendu visite !!!